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Les femmes sont trop grosses. Les femmes sont trop vieilles. Les femmes sont trop folles.

Photo du rédacteur: Valerie Brousseau
Valerie Brousseau
8 juin
3 min de lecture

J'ai lu un article ce week-end qui rapportait l'augmentation des décès maternels au Canada, depuis 10 ans.


Parmi les pistes de réflexion mentionnées dans l'article; l'obésité, l'âge maternel et les problèmes de santé mentale. Les femmes sont trop grosses, les femmes sont trop vieilles, les femmes sont trop folles.


Ce qui m'a frappé à la lecture de l'article c'est que le système lui, ne semble pas remis en question. Je ne doute pas que les facteurs nommés fassent partie de l'équation. Mais, comme doula, je témoigne encore et toujours de plus en plus de protocoles et d'interventions et mon hypothèse, c'est que ça aussi, ça influence cette statistique.


Au Québec, le taux d'induction est à 25%, 27% des naissances sont des césariennes, 11% des naissances vaginales sont assistés d'instruments, 77% des naissances se font sous péridurale et la majorité des femmes qui accouchent à l'hôpital (il n'y a pas des statistiques disponibles qui combinent tous les stades du travail mais selon mes recherches, on peut estimer ~ 90%), reçoivent de l'ocytocine synthétique à un stade où l'autre de l'enfantement. Ces statistiques-là ne font qu'augmenter, particulièrement dans les 10 dernières années...


15 minutes dans le bureau de ton médecin, vite-vite, on est déjà en retard. On te prescrit de plus en plus de tests et de screening pour dépister et prévenir des risques, qui parfois, ne représentent rien statistiquement. Un régime coercitif de peur pour te faire accepter des interventions; un p'tit stripping par semaine dès 37 semaines, pour s'assurer que tu ne dépasse pas 40, une date pour te "provoquer" (même le mot est dégueulasse), parce que le bon docteur "ne te laissera pas dépasser X, Y date".


Tu viendras donner naissance à ton bébé avec des inconnus qui se relaient selon leur quart de travail, couchée sur le dos, branchée après des machines qui font trop de bruit, infantilisée, tous le monde sait mieux que toi. On peut te faire tel ou tel chose pour que ça aille plus vite. Ton infirmière fini son shift à 20h00 et elle aimerait donc ça "t'accoucher". Après 2 jours de travail, sans sommeil, tu es complètement épuisée et le cœur de ton bébé fait des "décels", bébé est encore haut mais on va pousser. Poussée bloquée, coachée comme un match de final de coupe Stanley. Une épisio, un forcep. Ton bébé fini par naître, le placenta ne suit pas. Tu saignes, on te donne plus de médicaments. Tu saignes trop, salle d'op envisagée?


Finalement, on gère, ça va. T'es un peu PTSD de ton accouchement, de la misère à l'aimer vraiment ton bébé, l'allaitement est compliqué. Mais t'sais, maman et bébé en santé, c'est tout ce qui compte, non? Pis une chance que tu étais à l'hôpital , tu serais morte au bout de ton sang si tu avais décidée de donner naissance chez vous!!!! Saint-docteur-chose prié pour nous.


Ils sont en vie, si c'est ce que vous voulez dire par "en santé". Pas morts.


Est-ce que maman va bien? Elle va avoir de la misère à se lever, s'assoir, monter les escaliers, pendant des semaines. Des douleurs au site d'injection de sa péri pendant des années, son sacrum est mal aligné, des conséquences pour la vie. Un sentiment de compétence maternelle à -1000 et de l'anxiété postpartum. Et on s'insurgera des chiffres : 40% des mères Canadienne manifestent des symptômes dépressifs dans l'année qui suit l'accouchement. C'est donc ben surprenant.


Je ne sais pas pour qui c'est surprenant, mais pas pour moi.


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