Récit de naissance de bébé A
Ma belle A,
Ton histoire commence bien avant que tu te niches au creux du ventre de ta mère... C’est qu’elle
en a traversé des tempêtes avant même que vous commenciez votre aventure ensemble.
Après des années à t’espérer, voilà qu’elle se préparait à te rencontrer.
Dans les semaines qui ont précédé ton arrivée, on vous a surveillées de très près, toutes les
deux. Les sages-femmes et les médecins ont pris bien soin de vous monitorer régulièrement
pour s’assurer de votre bien-être. Les bébés comme toi, ces petits précieux tant désirés, on les
observe rigoureusement.
Le dimanche 22 février 2026, en début de soirée, je reçois un texto de ta maman pour me dire
que ta piscine vient de rompre. Elle a passé la journée à t’encourager à naître; le ballon, la
marche, le tire-lait, les potions de la sage-femme; tout y est passé. Ça fonctionne! Vers 21:00,
on se parle au téléphone, elle a besoin de soutien. Je me prépare rapidement et saute dans
mon auto pour vous rejoindre. À mon arrivée, à 22:30, ta mère souhaite se diriger
immédiatement vers la maison de naissance; on se met donc en route.
À notre arrivée, tout est calme, les sages-femmes nous attendent. Pendant toute la nuit, elle
prend les contractions unes à unes, avec beaucoup de force et de calme. Vers 3:00 du matin, la
sage-femme offre à maman de l’examiner pour vérifier l’avancement du travail. Son col est déjà
à 6 cm et très mou, wow! Dans les prochaines heures, les vagues s’accentuent, elles
reviennent souvent et sont très intenses. À chaque fois, elle les vocalise ‘’dou-ou-ou-oux’’, elle
fait la blague que ce sera sûrement ton premier mot. À 6:20, maman veut retourner dans le bain
et demande si c’est possible que ça fasse ralentir le travail. On est tous d’accord que c’est très
peu probable, la sage-femme suggère même qu’elle pourrait commencer à pousser dans le
bain. Pourtant, les contractions s’estompent. Elles sont moins fortes, moins régulières… On se
dit que c’est peut-être une pause physiologique et on laisse ta mère se reposer. Après 2 heures
dans le bain, elle sort et se met en action pour stimuler les contractions; positions, ballon,
rebozo, toilette, tire-lait… Rien n’y fait, la pause s’étire. Il y a quelques vagues, mais la
puissance et la fréquence de celles-ci ont diminué. Tu prends ton temps.
Vers 15:00, la sage-femme réexamine maman pour proposer un plan de match pour la suite.
On est au même point qu’au petit matin. La tristesse envahit ta mère alors qu’on suggère un
transfert vers l’hôpital, pour recevoir péri et ocytocine synthétique. Un peu de repos serait le
bienvenu et un petit coup de pouce pour aider la nature et te voir enfin naître, qu’elle fasse ta
rencontre. Le plan a changé mais l’objectif reste le même.
En début de soirée, le protocole est en place et on prend quelques minutes pour se reposer. Je
dis des minutes car, avec le va-et-vient du personnel, c’est difficile. Plus de 24 heures après le
début du travail, ça a progressé un peu, mais le médicament contre la douleur fait plus ou
moins effet. Maman est découragée et très épuisée. Je la comprends, c’est toute une épopée
que vous vivez. Je pense à toi, belle cocotte, qui vis tout ça de l’intérieur.
De là, les derniers cm progressent rapidement et vers 2:00 am, on s’installe pour commencer
les poussées. Tu es encore haute, mais maman pousse comme une lionne et, tranquillement, tu
fais ton chemin. Pendant toute la poussée, elle me demande de compter de 1 à 10, ça l’aide.
C’est tout ce que je peux faire, alors je fais. Je suis épuisée, moi aussi, j’imagine l’état de
fatigue qu’elle doit ressentir… J’ai beaucoup d’empathie pour ce qu’elle vit. Quelle guerrière!
À un certain moment, ton petit cœur inquiète un peu la docteure et elle se prépare à utiliser un
instrument pour t’aider à naître. Je me mets en alerte. Seigneur, on est tellement loin des
souhaits de ta mère! La médecin l’encourage et ta mère dit ‘’ Je donne déjà tout ce que j’ai!’’ je
réponds ‘’Donne tout ce que tu n’as pas, aussi.’’ J’espère ne pas la heurter avec mes paroles,
mais lui donner un petit coup de motivation supplémentaire. Je souhaite que ma phrase, d’une
façon ou d’une autre, lui évitera les forceps. Ça ou la vie… tu progresses un peu plus
rapidement et les instruments sont écartés du portrait. Après 3 h 32 de poussée, ta mère te met
au monde, à 5:52, le matin du 24 février.
Votre rencontre est magique, l’émotion tellement grande. J’ai un petit trémolo, moi aussi. Enfin,
vous êtes ensemble, toutes les deux. J’ai le privilège de couper le cordon qui vous relie. Si
toutes les naissances sont spéciales, je dirais que la tienne, ma chérie, a une saveur un peu
différente dans mon cœur. Le placenta qui t’a nourrie durant la grossesse de ta mère prend son
temps pour naître et elle doit être amenée au bloc opératoire pour l’extraire. Je passe donc les
prochaines heures à te bercer, belle bébé. Quand je vous quitte finalement, ta grand-maman
vous a rejoints et je vous sais entre bonnes mains. Je vous laisse donc à vous découvrir et vous
aimer. Bienvenue au monde, A. Il est fou, notre monde, mais il est magnifique aussi, avec
une petite fleur de plus.
xx
Val, ta doula
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